Rue Descartes #2
Du profane au sacré
la lisière est ce lieu des apprentissages mystiques
frôlement des soutanes et premières tonsures vagabondes
enfermement et silence
noyau dur de la foi
lisière de la lisière
c'est ici en bordure
comme à l'orée d'un monde supérieur
que s'élabore la pensée christique
et les actes de foi
durcissement spirituel
frontière avec le divin
la lisière n'a pas fini de marquer la trace entre les mondes
là concret des bétons et des routes
ici éthéré des enseignements religieux
la foi a une odeur autre que l'encens brûlé
à la lisière celle des murs chauds
et des volets fermés
des sols aux rares encaustiques
des vêtements empesés
soutanes raides et pardessus usés
lumière incidente et voilée
silence des études et cantine bien dotée
la lisière en ce lieu rencontre
énigme de la foi et tous ses assesseurs
tranquillement lovés dans les murs séculaires
jardins apprivoisés trop longtemps parcourus
que les buis sont usés et font d'étranges tropismes animaliers
lisière est mystérieuse
inquiétante de foi pure et travaillée
lisière à peine changée des siècles précédents
si ce n'est les voitures
lisière que je fuis comme les multitudes
lisière endimanchée et par trop surnature
luxe des évangiles choisis qui servent une cause
alors que l'ouverture aux textes apocryphes
sert une gnose bienvenue
et le royaume sans frontière des sans-roi





