Rue Descartes
J'entends le crécerelle
lisière sonore et majestueuse de murs anciens
et de rues sages
où signe des cieux enfin
et du sentiment de là
se produit clair et mystérieux
le chant aigu et fier du rapace
il n'a qu'entre ces murs anciens et ces arbres séculaires
en bordure de l'avenue
lisière encore entre les rues
que l'âge entier bascule vers un siècle ancien
de couvents de cloîtres et de séminaires
grands arbres centenaires
que le crécerelle flamboie
vol de saint esprit
et trille repérée
c'est bien la première fois
qu'au-dessus de ma tête
l'oiseau passe et stationne
comme pour me chasser
ou bien me saluer
ai-je par ma révolution perturbé son envol ou sa nichée
la lisière en ce lieu de gris et de cris de l'oiseau s'anime
et se revivifie
c'est élan de vie sauvage
et c'est élan de vie
que cette sauvagerie aux bordures de la ville
lisière ce secret cache des animaux dans les arbres et les murs
qui saluent à mon passage et stationnent au croisement
je ne peux m'y tromper
c'est bien là le chemin
la lisière invisible marque de tous côtés
par ces gens et ces bêtes
et les murs vieux de pierre
cette limite là que je veux parcourir jusqu'à son épuisement
vit au creux des ramures
et distille un jour bleu et sonore
un jour vivant et riche
odeur du sang des petits rongeurs
et des trottoirs sales non loin
je vois enfin le bout du monde circulaire et enclos
incarné dans la bête
et joliment porté
lisière urbaine est crécerelle de rire





