Boulevard Duclaux #3
La lisière du 15 au 30 on cherche les fleurs
comme ont disparu les passantes au mois de mai
on cherche les signes vitaux de la ville néoprène
les gestes las qui diraient que ça vit
la lisière donne à voir le vide et le désolé
un être à peine et ce néant
trottoir rue asphalte et pierres carrées
meulière Volvic et rideau de fer du rez-de-chaussée
ailleurs ouverte sur autrui
ici la lisière se ferme s'enferme et se replie
frontière ouvragée de fers forgés
raides panneaux indicateurs
et le passant qui fuit dans le doute ses mains dans les poches trouées
quelques vitrines
quelques balcons
à peine si la rue se donne à voir
et les intérieurs
rue forteresse
bastion urbain
quand la lisière si fixe est inscrite dans la pierre
il y aura la beauté sous ces encorbellements pourtant
minérale beauté des siècles d'avant la rue
lorsque la lisière ouvrait sur champ et chemins routiers
il y aura seule la beauté des siècles compassés
des arts appliqués aux murs des faubourgs
et des sculptures de branches
la lisière est ainsi le lieu des chevauchements
périodes arts savoir-faire et urbanisme tentacule
là n'est plus le brouillon du langage des rues
mais le fidèle écrit et la rectitude des marbres





