Chemin de la Plaine
Tu avances en silence sur la voie déclassée
ruban de bitume raturé sur la carte
oubli de la voirie entre deux zones d'ombre
là où le cadastre hésite
lisse un trait trop net
te souviens des lignes brisées
des courbes de niveau
des pointillés qui disent les limites incertaines
haies mouvantes
bosquets sans nom que personne ne traverse
ici c'est un couloir végétal
ramification lente entre deux plaques
talweg domestiqué par le passage des roues
pas besoin d'azimut
les bornes ont disparu
tu continues tout droit à travers les variations d'ombre projetées sur l'enrobé
taches mobiles comme des nappes de brume au sol
tu suis la direction implicite
entre deux masses d'arbres cartographiés seulement par leur silence
pas d'altitude
pas d'échelle
seulement l'inclinaison du torse
l'attention du pied qui corrige
tu connais ce genre de détour
boucle tangentielle où le réel se fraye une place sur les fonds de plan
c'est un accès secondaire
un tracé résiduel
qui dit plus que la route principale
géographie du minuscule
du seuil hésitant entre le borné et le vague
territoire sans mission
sans usage
une lacune habitable dans la syntaxe du terrain
tu ne prends pas de photo
tu sais qu'il faut marcher encore un peu
l'image est ailleurs
dans le calque intérieur
le plan mental
l'épure la coupe transversale de ce que tu es devenu
et même si le sentier se ferme et s'efface
devient bruit de feuillage contre les portières
tu continues en dérive douce
bifurcation lente
pas à pas tu passes dans une autre projection
et quelque chose t'échappe sans que tu l'abandonnes
tu t'inscris dans la trame entre deux ordonnées
tes gestes sont des points tes pas des unités
la route se replie sur ses propres données
et tu franchis le seuil d'une carte oubliée





