Chemin de Praslong #3
Tu longes à pas comptés la lisière du champ
ce n'est pas un sentier
c'est un délaissé d'asphalte rugueux sous la semelle
bordé d'herbes rases et sèches
où nichent les cris des criquets
tu passes entre deux mondes
un pour les jambes
un pour les moteurs
le grillage noir dessine un rythme
il barre la lumière
la plie
la fend
elle frappe sur le métal et recule avec bruit
le vent ici n'est pas libre
il claque dans les angles
se tend contre les câbles
il a l'odeur des marges d'une carte froissée
comme une haleine de fer et de luzerne
on entend au loin un décollage
ou bien un souvenir
il y a dans ce vide un goût de sel
une poussière de kérosène et de silence
tu lèves les yeux une seconde dans l'axe du couloir
et quelque chose passe comme une idée
comme un souffle au bord des cils
la clôture se répète jusqu'au point de fuite
et dans ton corps quelque chose se serre sans raison
tu es là seul sur la ligne d'ombre
à l'exacte lisière entre deux directions possibles
tu sens que tout glisse
que tout pèse
que tout tient à si peu





