Rue Aristide Briand #8
Tu descendras le vieux chemin
griffé de ronces et d'orpin,
la voix du bitume en sommeil
chantera bas sous ton orteil.
Le vent t'offrira ses fougères,
des orties longues comme des prières
t'effleureront sans t'épargner,
tu sentiras la sève ignée.
Un merle criera dans ton dos
et le buisson, comme un sursaut,
déploiera ses éclats de mûre
contre ton bras comme une injure.
Les câbles noirs te frôleront
comme des veines hors du front,
et les pylônes te suivront
comme des chiens dans l'horizon.
Tu goûteras l'odeur tenace
du chèvrefeuille et de la crasse,
le sucré brun de l'églantier
mêlé de rouille et de fumier.
Le goudron crevassé suinte
des flaques d'huile ou de résine,
les trous seront des yeux dormants
où le ciel s'ancrera souvent.
La ville au loin sera posée
comme un fruit mûr mal arraché,
elle brillera de béton
sous les lichens du vallon.
Tu toucheras les feuillages creux
des viornes ou des sureaux bleus,
tu reconnaîtras par le bruit
le tremble, le frêne et l'ennui.
La ronce aura poussé plus haut
qu'un fil à linge ou qu'un poteau,
elle tendra vers le rebord
son alphabet de feuilles mortes.
Là, tu sentiras le transit
d'une ville dans un transit,
comme un cerf pris entre deux bois,
comme un mot sans langue ni voix.
Tu verras l'ombre des campagnes
remonter l'asphalte en compagne,
chaque buisson t'indiquera
le seuil d'où l'on ne rentre pas.
Tu entendras, sans le vouloir,
le frottement d'un vieux trottoir
dans l'écho d'un fruit trop tombé
ou d'un portail mal refermé.
Tu te diras qu'il n'est plus l'heure,
qu'un seuil peut battre comme un cœur,
et qu'à l'endroit où tout s'efface,
tu peux encore trouver ta place.





