Chemin de Maupas à Cébazat
La frontière ici ne fait pas trace
comme souffle elle effleure elle passe
par les herbes couchées dans le sens du vent
ondule entre deux régimes de perception
monde de plis et de seuils articulés à même la pente
comme une variation thermique de l'espace sensible
l'herbe sèche bruisse tel un code dispersé
langage sans clé qui frôle la peau du tympan
topologie fragile de sons amers et flous
il y a dans l'air cette odeur de calcium chaud
de pollen en suspension
fatigue végétale
qui se décompose doucement dans les fibres du sol
la lumière est blanche non pas par excès
mais par perte
elle raye la rétine comme une lame d'azote au bord du jour
les yeux reculent un peu
toute pupille se défend
capte sans comprendre la densité du lointain
tels grillons strient le silence en multipistes désaccordées
chaque grincement comme une balise perceptive
dans le champ l'horizon tangue
il n'est plus ligne mais tension entre deux courbures à peine notées
la ville paraît derrière comme une illusion de solidité
artefact en flottement entre deux couches de brume
le corps lui aussi commence à hésiter
aux genoux s'accrochent les brins secs
les mollets se raidissent dans la montée
l'ongle racle la surface d'un piquet fendu
la rugosité parle d'angle et de durée
tout goût dans la bouche se modifie par condensation de salive minérale
mélange d'ocre et de vent figé
la langue se souvient d'une pierre mâchée enfant d'un moment sans phrase
la lisière alors se perçoit en vibration inégale
entre deux épaisseurs de lumière
n'oppose pas elle sépare par densité variable
elle fonctionne comme membrane partiellement perméable
entre deux pressions sensorielles asymétriques
interface instable qui oscille au gré des signaux de bas niveau
comme l'amygdale qui hésite entre fuite et poursuite
réponse archaïque aux modèles internes
le vivant encode sans hiérarchie
classe par flux non par objet
et l'esprit se plie à cette logique qui dérive comme une barque à demi creusée
il y a dans l'ombre portée des herbes longues
indice tactile
invitation sans message
promesse qui ne dit pas vers quoi le monde glisse
comme une lame d'eau sous la peau
lente désactivation des centres rationnels
un accord diffus entre le grain du vent et la pensée liminale
comme si la marche réorientait les seuils de signification
l'œil se dissout dans la plaine
la mémoire tangue et fuit le corps
devient surface et non plus noyau
on ne sait plus qui regarde
qui touche qui goûte
mais seulement que tout passe
tout glisse tout s'use
une frange où la forme fond dans la sensation
une onde dans l'air chaud un espace qui écoute
comme un être vivant sous les doigts





