Avenue de l'Europe
Tu allais lentement le long des grilles noires
elles mordaient la lumière comme des mâchoires closes
l'herbe était humide
pelée par endroits
et l'odeur du métal tiède flottait dans l'air
avec ce goût un peu ferrugineux qui restait sur la langue
le terrain en contrebas dormait sous un ciel bas
tapissé de nuages lents
des tours blanches au fond semblaient respirer par les fenêtres entrouvertes
le silence vaste s'étirait entre les gradins vides
et le filet invisible du vent
un silence que rien ne venait gratter
pas même les insectes
sous tes doigts le grillage vibrait d'une tension froide
comme si quelque chose derrière
longtemps avait tenté de passer
tu sentais la craie sèche encore imprimée sur le bord de la ligne
une poussière blanche dans la narine
et l'écho d'un sifflet disparu
tu disais c'est là
c'était un lieu simple
retenu par des angles
creusé dans la ville
et pourtant prêt à s'ouvrir
par la petite porte noire qui penchait dans l'herbe
entrouverte comme une invitation qu'on ne comprend pas
tu n'entrais pas
mais tu savais
c'était ici que ça recommençait





