Rue Aristide Briand
Le ruban d'asphalte s'inscrit comme un fuseau entre deux masses silencieuses
à gauche une clôture cède par endroits fléchit sous l'excès de chlorophylle
à droite le métal quadrille l'air et l'encage
l'odeur est celle d'un terrain neutre entre l'humide et l'inerte
une suite de haies gorgées de sèves anciennes marque le tracé
chaque boîte aux lettres fonctionne comme une balise
le relief est imperceptible mais il pèse dans les genoux
le silence n'est pas vide il bruisse de grillons d'isolants de tuyaux
un micro-voyage commence là sans ligne directe sans fléchage
le goudron garde la mémoire des pneus des semelles des résidus de frein
les câbles au-dessus dessinent des courbes isométriques entre les poteaux
aucun vent ne soulève les feuillages mais le regard circule contraint
goût de poussière acide de gomme chauffée de bois mouillé sur la langue
quelque part dans le talus un cliquetis faible comme un insecte sous la bâche
les maisons font front rivées à leurs coordonnées
le bitume trace une faille douce dans la topographie locale
plus bas une bouche d'égout enregistre les ruissellements
le voyage ne progresse pas il s'enroule sur place
comme une carte repliée dont on suit lentement les plis
chaque mètre modifie l'échelle de lecture
et le ciel tendu au-dessus comme une bâche grise reste hors d'atteinte





