Envoyée par Lucas FALCHERO le 16/04/2025

Rue de l'Aviation #2

Ligne droite sans cible avec des bords trop nets
là où les arbres s'arrêtent j'hésite encore
la rue ne conduit nulle part sauf à rebrousse
des glissières barrent l'accès d'un terrain vague
je longe le grillage comme on suit un sillon
sous les lampadaires éteints l'ombre reste plate
je croise une barrière repliée sur elle-même
c'est une langue morte à demi refermée
j'écoute si quelque chose répond dans le vent
je m'accroche aux bruits faibles comme à des antennes
la route semble attendre un code ou une impulsion
mais je n'ai pas la clef
je n'ai que l'habitude
je suis venu ici pour traverser sans fin
j'ai lu sur une plaque un mot que j'ai gardé
je marche à pas constants sans vraiment m'ajuster
c'est un mode d'évasion par contact intermittent
je laisse les pensées s'éroder sur les murs
j'ai vu dans le silence une faille alignée
et me glisse au travers des lignes disjointes
on ne prend plus la peine de nommer les clôtures
on distingue un couloir dans la masse compacte
je fuis l'arête mince au bord d'un bruit d'arrêt
et regarde le ciel sans lecture possible
je tiens jusqu'à la fin du couloir sans rebord
où touche un seuil d'absence et tout devient surface


Ici, on croise le train, tel un vecteur centrifuge
depuis le centre de la ville.
Comme 
rue des Montagnards.
Ou le long de la ligne ferroviaire.
Ou rue de la Charme.
Cette fois direction l'Est.

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