Col de Bancillon
Dans l'altitude une forme d'effacement
comme si l'air ici s'amincissait pour mieux frôler la peau
toute herbe crisse sous les pas comme une archive thermique
le silence se densifie
en un liquide froid
la gorge se resserre un peu dans l'oscillation du vent qui remonte des sillons
c'est une zone à basse fréquence d'odeurs sèches et racinaires
comme un alphabet oublié de la steppe
le goût du vent est métallique
des traces de résine ou de cuivre oxydé
les tympans s'ouvrent à des gradients rares
mon souffle n'est plus un rythme mais une contrainte tissée
en minces étirements sensoriels
le ciel est plus dur ici comme s'il reposait lourd sur mon crâne
le corps se met à compter les mètres comme des seuils osseux
on perçoit alors par les pieds la géométrie des couches géologiques
les souvenirs figés dans la strate basaltique
chaque pas imprime une résistance souple à la surface
l'œil tire des trajectoires dans l'herbe couchée comme si le champ devenait image à lire
il faut surprendre les bruits de feuillages comme on lit une onde lente et déclinante
l'équilibre oscille légèrement
les capteurs cutanés s'ajustent
la lumière est plus blanche
entame le contraste du réel
la vision centrale décline au profit des marges
migraine ophtalmique en cours
comme des brumes optiques
un insecte passe comme un vecteur improbable
mes sens redistribués travaillent en calcul différentiel
ici le col n'est pas sommet mais simple passage
encoche dans le relief
modeste seuil de pression atmosphérique et de perception déplacée
un panneau devient borne cognitive
signe sans direction fixée
seuil à franchir sans précaution
ma carte se brouille
mon altimètre ne suffit plus
on entre dans une variation où le réel vacille à mesure que l'on monte
la langue se tait dans la bouche sèche
comme une feuille pliée
il n'y a plus rien à dire juste à franchir la lisière
comme on traverse encore une membrane souple et discontinue
vers une mémoire sans nom
passage infime entre les lignes du monde





