Rue des Meuniers #2
Le béton s'ouvrira par stries comme une écorce stérile
un frisson de spores remontera des interstices
la lumière oblique frappera l'ombre du socle
là où un pied mycélien s'est glissé sans témoin
le grain du sol exhalera une sueur de mousse grise
le vent très lent portera une senteur de cuir mouillé
et quelque chose d'aigre de terreux de fragile
les nervures invisibles s'étireront sous la peau urbaine
telles des veines patientes en quête d'un second corps
un goût de métal rongé persistera sur la langue
le silence cliquettera parfois contre la barrière
comme un souvenir dissous dans l'acide de l'attente
les lames d'herbe rêveront d'une pousse plus haute
une rumeur de fibres se répandra sous la dalle
elle parlera en silence en remous en tremblements
des filaments tièdes toucheront l'air sans le froisser
ils auront la mémoire de la pluie du carton du sang
et chaque pore du sol se souviendra de l'aube
quand la matière s'est déposée souple poreuse aveugle
la frontière tombera avec l'équilibre d'une pluie fine
et dans ce pli
naîtra ce qui ne devrait pas tenir debout
mais qui respirera
comme un souffle sous le monde





