Avenue de l'Europe #2
Je marche entre deux lisières
l'épaisseur d'un pin incline son souffle vers la route
ce mur droit comme une colonne vertébrale dressée
tatoué de signes éteints
sous mes pieds
le sentier d'ombre creusé par les pas
terre battue presque noire
comme si la lumière avait oublié ce couloir
l'herbe sur les bords hésite
parfois rase parfois dense
elle pousse sans conviction
accrochée à la crainte d'être arrachée
j'entends le silence dans les fentes du mur
un silence dur minéral strié au lointain d'un moteur de voiture
l'air sent le bois sec le goudron tiédi
et les feuilles qui se frottent en haut des arbres à peine
la ville découpe ses toits clairs entre les branches
comme une image en surimpression
tout semble maintenu dans l'attente
le ciel figé dans ses nuages
les buissons repliés comme des animaux tapis
même l'asphalte paraît suspendu
j'avance dans cette ligne étroite comme dans une faille
une couture entre deux règnes
le mur n'est pas une lisière
c'est une mémoire dressée
quand le sol parle très bas
dans sa langue de poussière
de ce qui rampe s'étend creuse
où le monde s'effiloche par la racine





