Envoyée par Lucas FALCHERO le 16/04/2025

Chemin des Ronzières

Tu t'es levé quand l'ombre plie
le bord du champ t'a frôlé tôt
un vent tenace un peu trop haut
soulevait l'herbe amaigrie
le sol vibrait sous ton genou
tu ne savais quel pas choisir
ni reculer ni t'éblouir
tendu vers rien figé partout
c'est là que l'air change d'aspect
un fil sonore ouvre ta nuque
et dans ton souffle une réplique
fait basculer tout ton trajet
tu crois d'abord à une ruse
du vent d'un arbre ou bien du temps
mais l'ordre était un peu trop lent
pour n'être qu'une fausse excuse
une limite avait surgi
sans nom précis sans borne claire
mais plus réelle qu'une frontière
coulée dans l'axe d'un oubli
alors tu vis ton corps s'inclure
dans une forme sans appel
où chaque angle perdait son sel
au profit d'une faille pure
ta peau tremble sous un contour
qui sépare sans te briser
et tu voudrais te déposer
dans le dehors dans ce détour
tu ne parles plus comme avant
tes mots glissent dans une absence
qui n'est pas une transparence
mais un soupir lent et vivant
ton œil prend donc d'autres repères
aux interstices du réel
et ton épaule en arc cruel
désigne l'arête éphémère
tu respires ce qui sépare
non par refus mais par instinct
car tout te liait à ce rien
qui bat sans bruit sous chaque gare
et dans ta chair c'était écrit
comme un fil double entre deux trames
tu t'orientais selon les flammes
d'un seuil muet jamais prescrit
tu es resté sans qu'on te voie
où tu passais où tu tenais
où si la lisière elle-même était
le vrai milieu de ton émoi

Ecoutez «Prélude en Si mineur BWV 855a» de Johann Sebastian BACH
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