Col de Bancillon #2
Tu es venu jusqu'ici sans vraiment le savoir
comme on grimpe dans une pensée lente
la route s'estompe derrière toi comme un souvenir mal fixé
tu sens le grain fin du bitume sous la semelle
comme une peau tiède qui garde trace de ton passage
l'odeur est celle des pierres chauffées
et des herbes qu'on oublie de nommer
mélange de camphre et de poussière sèche
la lumière frappe les panneaux comme une injonction muette
tu plisses les yeux pour lire dans un rêve trop blanc
le vent est modéré mais il porte des insectes minuscules qui se cognent à ton front
comme des idées rétives
que tu repousses sans y penser
et déjà le silence revient
colle aux tempes comme une suture sensorielle
entres-tu dans cette zone étale où le ciel commence à parler
l'oreille s'y prépare comme une membrane soumise à des pressions nouvelles
le goût de l'air a changé
plus dense presque salé comme si la mer s'était cachée dans les volcans
tu poses la main sur un poteau
métal et la chaleur du jour enfui
comme une mémoire minérale
tu pourrais rester là longtemps sans rien faire
juste respirer plus lentement
c'est ici que commence la lisière
pas une ligne visible
juste une tension dans l'espace
une différence subtile entre le connu autre chose qui n'est pas l'inconnue
entre la carte et ce qui s'échappe et fait territoire
entre ce que tu vois et ce que tu devines encore à l'état de nerf
tu es ici pour franchir ce seuil
où l'œil ne décide plus seul
où la marche devient oubli





