Chemin de Praslong #5
Je regarde l'alignement nu des piliers
ils avancent dans l'herbe comme des vertèbres dressées à l'air libre
la charpente noire flotte au-dessus comme un chant suspendu
ou un signal d'alerte un rythme fossilisé sous le ciel
cette structure ne porte rien que l'attente du vide
chaque poteau est une articulation de silence
les ombres basculent en biais comme les aiguilles d'un cadran déréglé
sur le côté deux blocs techniques reposent dans le trèfle
comme deux mots oubliés dans ma bouche
l'herbe est haute rugueuse dentée d'ombelles et de fétuques
elle bruisse à peine sous le souffle stationnaire du vent
j'entends un bourdonnement aigu
peut-être un relais peut-être l'air qui frotte les arêtes du métal
je ne bouge pas je sens sous mes ongles la terre sèche
sous mes paupières la lumière grainée
je perçois l'odeur chaude du fer et celle plus ténue des circuits isolés
je ne sais plus si c'est un enclos ou une ouverture
un seuil ou une balise
la ligne tendue des poteaux désigne une direction sans promesse
je suis dans un champ d'incertitude
une lisière géométrique sans membrane
je me tiens entre deux régimes du réel
l'organique et l'abstrait
le sensible et le codé





