L'Artière
On ne savait plus que c'était là
la fin du nom le trait d'en bas
une couture minuscule
comme un fil clair sur une houle
on marche et rien ne nous l'indique
que l'herbe un peu plus symétrique
que le silence en bord de champ
et cette courbe en contrechamp
on pense franchir un fossé sec
mais c'est un seuil qu'on croise avec
une eau discrète en filigrane
l'Artière glisse et se décharne
dans son lit bas comme un secret
elle signe et puis disparaît
on dit rivière on pense ruisseau
mais c'est un mot plus grand qu'il faut
un mot d'accord de séparation
le mot qu'on grave aux conventions
on suit la berge en consultant
le cadastre ancien des instants
là c'était l'autre ici c'est nous
la ville commence au fil d'eau flou
c'est un oubli dans les feuillages
un pli humide entre deux pages
on passe et rien ne se replie
que l'air plus lourd au bord du pli
comme un soupir de territoire
comme une veine au fond d'un miroir
on met le pied sans le savoir
dans l'eau grise d'un pouvoir
là commence une compétence
ici s'achève une présence
on est de part et d'autre à peine
et déjà tenus par des chaînes
de gravier de boue de racines
qu'on n'écoute plus qu'on devine
on habite un pan de reflets
qui se retire après la plaie
la ville monte en aval froid
l'herbe est rompue le sol se ploie
et dans le lit de l'Artière basse
la lisière avance et s'efface





