Rue Aristide Briand #5
On avance à genoux dans l'ocre et le silence
les bruits de la ville ont perdu leur cadence
un chien dans la mémoire aboie sans direction
mais l'écho se dissout dans la végétation
Le bois craque au soleil sous la rouille feutrée
le vert semble rougi d'une mousse entêtée
les feuillages en deuil n'ont pas choisi leur ton
c'est un vert de poussière ou peut-être un marron
L'air sent la planche humide et l'herbe mal tondue
avec ce goût de zinc que la pluie a tendue
le long des clôtures où l'on devine un pas
comme un geste effacé que l'on ne connaît pas
On touche un fil de fer tiède comme une veine
qui palpite un instant puis redevient domaine
la terre ici n'est pas tout à fait champ ni sol
c'est un flanc suspendu sans carte et sans contrôle
La cabane attend là couverte de silence
son toit porte un nuage aux traits d'opalescence
le ciel l'a peint d'un gris qu'on devine rosé
ou peut-être lilas si l'on se laisse oser
Un parfum de brûlé traverse les ramures
un feu qui ne s'éteint qu'à travers les murmures
on entend des voix basses ou le vent dans les clous
tout arbre a parlé bas mais jamais jusqu'à nous
Là-bas plus rien ne dit si commence une ville
ou si c'est la friche la marge ou le fossile
on croit voir des lampadaires dans les sureaux
mais ce sont des rameaux penchés sous leur fardeau
On avance on recule on franchit on s'oublie
chaque pas redessine une géographie
et cette planche usée ce chemin sans projet
nous désigne un abri qu'on n'avait pas trouvé
Le silence a la peau du cuivre ou du bitume
un goût d'air comprimé de salive et de brume
les odeurs de béton rôdent sous les buissons
et le goudron vieillit mal sous les floraisons
On devine un réseau de câbles ou fondations
derrière chaque souche une fin de station
mais rien n'est encore net tout reste en suspens
ici la lisière on marche où le monde attend





