Rue de Blanzat
Il faudrait s'arrêter ici et considérer les signes
les bifurcations plus jamais neutres
les arborescences du monde passent parfois par un piquet de bois mangé de lichen
ce n'est pas un carrefour mais une césure
la texture du sol change
la lumière baisse imperceptiblement
zone de transition bioclimatique
où le couvert végétal modifie la pression osmotique de l'air
ici commence la respiration modifiée
on quitte le régime turbulent de la voie bitumée
pour entrer dans celui du sol vivant
ce n'est pas un sentier c'est un canal
comme fente de silence insérée dans le système
on mesure une baisse de la luminance
un ralentissement de l'onde corticale
le bruit du monde décroît d'un cran
l'attention se déplace vers les muscles longs de la cuisse
vers la rétine périphérique
il y a dans la haie un changement de phase
les lois du visible deviennent perméables
la mesure s'incline
la matière change de poids à l'instant même où l'on quitte la route
le corps enregistre sans mots cette translation de lisière
sur les flèches des traces anciennes de peintures effacées
des noms que la sève a recouverts
l'orientation est une illusion
l'angle du tronc définit seul l'accès
ce n'est pas un choix mais un passage obligé
cooptation des frontières
ici commence la marge
le lieu des vitesses molles
espace des glissements réversibles
un domaine à double seuil instable
frange de transition topologique et sensorielle
les lignes se dispersent les seuils deviennent pores
les interfaces laissent couler des flux thermiques
des idées aux courants faibles
il faut continuer sans projet ni calcul
adapter les pas aux microreliefs invisibles
réorienter les centres cognitifs vers les zones subcorticales
l'amygdale qui s'ouvre
le temps se diffracte
la pensée qui reformate
il y a dans la mousse une mémoire plus stable que celle du langage
comme le flux sanguin redistribue ses zones d'activité
il faut passer sans bruit sur les nœuds du réseau
le sens ne vient qu'après
reconstitué par traces par rémanence
il ne s'énonce pas il ne s'atteint pas
il fuit dans l'ombre dense des paramètres discrets
la frontière n'est pas une ligne mais une densité de seuils
addition d'écarts
résistance douce et fluide
tension de lumière à la lisière des branches
vibration qui glisse entre les chaînes du rien
à peine un pli de vent sous les feuilles en suspens
une forme d'appartenance à l'espace incertain
une manière de dire je suis sans chemin





