Rue du Cheval #2
Tu as commencé à monter sans accélération visible
les herbes s'ouvrent en silence de part et d'autre
montée douce mais constante
le souffle s'ajuste imperceptiblement
l'inclinaison du corps précède la volonté
aucune rupture dans le sol
rien que la trace d'un passage maintenu
le chemin semble ne mener qu'à lui-même
pas de sommet annoncé
seulement cette pente stable
comme une donnée physiologique
il arrive que l'espace se contracte à force d'être suivi
alors tout devient fonction
fréquence amplitude résistance
on mesure la pente à la fatigue latente des mollets
ou à l'effacement progressif de la pensée
ce que tu vois n'est pas un horizon
mais l'étirement d'une décision
tu ne t'arrêtes pas
ce n'est pas utile ici
la montée est un régime
un état transitoire qui ignore sa fin
l'altitude ne compte pas encore
ce qui agit ce sont les fibres périphériques
la lisière s'est déplacée dans l'effort lui-même
non pas un seuil visible
mais l'insistance d'un geste qui tient sans cause
juste cette avance modeste
presque biomécanique
jusqu'à ce que le ciel devienne la seule perspective possible





