L'Artière #2
Cette fois je marche à la lisière du monde
là où le ciel s'affaisse en un voile lourd
où la terre hésite entre pierre et boue
entre l'obscur et la lumière dérobée
je suis tout cet instant suspendu
frisson fragile à la frontière des choses
souffle d'air qui se perd entre l'arbre décharné et la herbe battue
là où le paysage se défait en un murmure liquide
le chemin s'efface peu à peu
dissolu dans la brume légère
comme un rêve qui s'effrite au réveil
je touche du doigt cette limite invisible
pli du réel qui se dérobe
comme la peau d'un corps que l'on voudrait saisir mais qui fuit sous la main
le ciel écrase les contours
gomme les reliefs
fond la nature en une masse unique
lourde et indécise
ici la frontière n'est pas tracée par des lignes nettes
mais par un frémissement
un léger glissement entre l'être et le vent
je suis ce passage où les formes s'effacent
où la clarté s'altère
où le temps s'arrête en un souffle suspendu
au milieu de cette attente
je sens la tension vibrer
pareille à un fil tendu
je me tiens là
écho silencieux
ni devant ni derrière
et je sais que franchir cette lisière
c'est traverser la peau fragile du jour
plonger dans l'ombre qui enveloppe tout
et perdre la certitude des repères
je suis témoin d'un paysage qui se dérobe
chaque pierre
chaque arbre chaque brin d'herbe
fait empreinte d'une mémoire effacée
là-bas les collines se fondent dans un flou de l'acier
comme des rêves dans la grisaille
je sens ce poids ce souffle cette attente
qui habite le vide entre deux terres
au cœur du silence
je deviens la lisière même
point fragile entre le visible et l'incertain
fracas léger dans le murmure du vent
sous ce ciel bas et la ramure
je marche sans bruit entre les mondes
à la lisière de tout ce qui est
mais qui ne dure





