L'Artière #5
On descend le talus comme on sortirait d'une carte
par l'angle oublié d'un tracé trop ancien
sous nos semelles la glaise remuée garde les plis d'un chantier terminé sans mémoire
la rivière n'apparaît pas encore
mais déjà tout parle d'elle
les touffes de graminées orientées
les dépôts sableux en couronne
les branches en lacis le long du fossé
on longe le remblai comme on longerait une cicatrice
pâle inutilement droite
le béton affleure entre les épines
parement mal joint
comme un mot trop rugueux dans une phrase humide
on lit l'usure d'un écoulement oublié
la tentative d'ordonner le passage des eaux
la peur qu'elles débordent
mais la nature a repris le lit par ruse
pas par force
par persistance
les buissons griffent le ciel bas
les ronces recousent les failles
il y a là une lisière
pas un pont pas une porte
mais un lieu de passage que personne ne nomme
on sent que l'Artière va surgir
juste au-delà
sous l'enroulement des branches
on entend parfois un bruit d'éraflure
seulement l'air plus frais
le silence incurvé
l'ombre changée
on avance alors comme à contre-carte
vers ce qui n'est plus tracé
dans la pente légère d'une absence topographique
on ne sait pas ce qui commence
si c'est lieu ou retenue
effondrement ou seuil
mais on sait qu'on y passe
et que ce passage nous scinde





