Rue Gustave Eiffel
Tu longes l'eau d'un pas discret
le quai s'éteint sous des nuées
de grues dressées de voix nouées
le vent se glisse et t'a touché
la rive avance entre les blocs
tu sens la rouille au sol qui monte
des câbles longs tirent la honte
jusqu'à la pierre et jusqu'aux docks
les roseaux t'effleurent la joue
le goudron luit comme un reproche
des sirènes vibrent sous la roche
et ton regard s'est fait plus flou
des péniches brament sans nom
leur bruit traverse les clôtures
des barbelés croisent des murs
où tu t'es heurté sans façon
un feu clignote entre deux tours
et la lumière industrielle
a découpé ton épiderme
en un réseau de traits trop sourds
tu franchis lentement le quai
des pas résonnent sur la tôle
et ton profil glisse et s'envole
dans l'axe gris d'un entrelac
les fenêtres ne s'ouvrent plus
les vitres figent ta présence
tu marches droit dans la séquence
de ce décor trop entendu
un instant court sur les canaux
ta paume touche une ferrure
et dans le souffle d'une injure
le ciel s'est tendu comme un dos
tu ne sais plus ce qui commence
ni si tu suis ni si tu mènes
les portes restent parallèles
mais leur matière te devance
tu n'as trouvé ni nom ni lieu
seulement cette ligne exacte
où la friche te désenlace
où tu bascules dans le bleu





