Envoyée par Lucas FALCHERO le 18/04/2025

Avenue des Landais #2

On remonte une voie sans nom
comme un fil d'oubli jeté derrière les maisons
pas même une venelle 
un résidu de plan
tracé maintenu pour des raisons floues
comme un souvenir que personne ne revendique
à gauche les haies sont denses
impénétrables
comme si l'on avait voulu ensevelir le mur
elles montent plus haut que les grilles
plus haut que les fenêtres
ce sont des végétations de repli
des végétations de refus
à droite un mur nu
percé d'un compteur comme d'un œil éteint
l'inscription technique est sèche
pas même un nom juste un code
comme si cette façade parlait une langue administrative
tandis que le reste du monde s'efface dans la pluie
tout ici est maintenance
élagage ligne de fuite
les câbles pendent comme des nerfs rompus
suspendus entre deux poteaux
tels des gestes qu'on a interrompus
rien ne descend sous terre
tout reste là visible et délaissé
la chaussée est neuve mais inutile
elle ne conduit vers aucun désir
elle ne fait que survivre
comme un souvenir mal indexé
dans une mémoire d'algorithme
les portails sont clos, les façades muettes
et cette ligne blanche
tracée au milieu du goudron
ne guide rien
elle désigne l'absence
elle fixe un axe pour des corps qu'on n'attend pas
au fond un bâtiment
rectangle pur volume exact
tel un terminal oublié
d'un réseau dont les flux ont fui
son verre reflète des arbres sans nom
ses ombres s'alignent comme des touches inertes
c'est peut-être une école
ou bien un centre nerveux vidé de ses signaux
un organe sans sang ni données
on pourrait croire qu'ici tout s'arrête
mais tu sens sous tes pas
la pulsation discrète d'un réseau fantôme
lisière indistincte des nerfs
et si tu avances
tu franchiras la dernière trame
comme on sort d'un système
en silence et sans drame

🚀