Rue de Rochefeuille
Le lierre gagnera du terrain par capillarité lente
il couvrira le béton comme une phrase s'étire
il grimpera sur les noms jusqu'à les dissoudre
la mousse viendra par le bas dans le silence
les lettres coulées dans l'acier perdront leur fer
des initiales griffées s'effaceront en poix grise
le mur se dressera tel un reste de falaise
le ciment gardera trace de quelques coups de vent
des souffles d'enfants y rebondiront encore
comme des ballons oubliés dans les coins
la lumière tombera droite sans raison
elle dessinera des angles comme des seuils
un chat passera sans bruit sur la crête
l'ombre d'une rue s'étendra sur l'autre
le nom se lira à demi dans le vert
il faudra deviner ce qui commence à l'arrière
il faudra suivre le feuillage comme un fil
et comprendre au contact qu'on aura franchi
ce qui ne s'ouvre ni ne se dit





