Le Bédat #2
On traverse à demi sans même le vouloir
le murmure d'un sol usé jusqu'à l'écorce
seuil réverbéré sous les gaines d'acier
la lumière tangente effleure la structure
on sent que l'air change au passage des barres
qu'il y a ici quelque chose de suspendu
très léger déplacement de la chaleur des ions
qui s'agencent autrement dans la peau
on se tait pour entendre le froissement des feuilles contre les tôles froides
la buée de l'haleine revient sur le métal sans buvard
et on goûte un dépôt de rouille acide mêlé au pollen en croûte sous les gencives
on ne sait pas si c'est forêt ou station
ou simple perte d'usage
mais tout bruit se réfracte
on avance dans la gorge comme dans un tympan
entre les faisceaux brisés des anciennes mesures
le bras mort d'un pylône effleure les ramures
on longe les éclats d'une ancienne conduite
la rouille a pénétré la trame impavide
on capte en sourdine d'étranges séismes purs
des strates de lumière épousent les arêtes
ta voix se diffracte au creux des lignes muettes





