L'Artière #3
Je progresse dans une zone de transition
gradient vacillant entre deux structures spatiales
j'observe le relâchement des courbes
l'évitement progressif des lignes tranchées
comme si la carte elle-même s'absentait de ma marche
j'entre dans une surface liminaire
un seuil d'inexactitude
où les repères se disloquent dans la végétation anarchique
le sol varie sous mes pas
couches alluviales hétéroclites
résidus d'enrochement
quelques papiers gras
herbe ployée par les eaux
l'Artière en contrebas infléchit le terrain
sans y laisser de ligne explicite
elle agit comme une force
j'avance dans un graphe lacunaire
sans nœuds cohérents
le sentier n'est pas balisé mais induit
suggéré par la densité du couvert
par l'ouverture de la canopée
par les micro-reliefs ténus
j'analyse les textures
ruptures de pente
discontinuités entre les séries végétales
toute structure s'efface
comme la hiérarchie des formes se dilue
je perds l'échelle
je traverse des entités composites
friche hydromorphe
corridor de repli
fossé désactivé
je ne suis plus inscrit dans le plan
je m'extrais des couches superposées du sol
des données vectorielles
des zones d'occupation du son
la trajectoire devient résiduelle
elle épouse les anomalies
les lieux sans fonction
les résidus cartographiques
je me déplace en dehors du fond cadastral
dans une friction lente entre deux modèles de lecture
je ne traverse pas
je m'efface
et dans cette marge dans ce pli du terrain
je redeviens la ligne entre deux incertains
suis l'intervalle d'un seuil désorienté
une lame d'air dans le vide fou pointée
où ma présence est floue comme un graphe en suspens
je suis le seul défaut du système adjacent
une zone-tampon que nul n'a renommée
carte du monde absente au moment d'avancer





