Envoyée par Lucas FALCHERO le 16/04/2025

Chemin de la Mouchette

Il y a ce moment où la ville cesse de parler fort
où les trottoirs s'effacent sous les feuilles
où les murs cèdent la place aux haies entremêlées
la route devient plus fine
moins certaine
elle hésite
c'est ici que commence la lisière
non un lieu mais un seuil
une respiration
les arbres penchent sur le chemin comme s'ils voulaient le recouvrir tout entier
ils filtrent la lumière ne la laissent passer qu'en éclats furtifs
comme des secrets qu'on chuchote
le sol en est constellé
taches mouvantes ombres tièdes
on ne sait plus si l'on marche encore dans la ville ou déjà dans une autre réalité
plus lente plus vaste plus ancienne
à la lisière le temps change de rythme
il s'étire s'alanguit s'arrête parfois
on y sent le silence vivre entre les bruits
le froissement d'une branche
le pas d'un oiseau un souffle
du vent qui se glisse sous la peau
c'est une frontière sans clôture
rien ne dit vraiment où s'arrête le monde construit
où commence celui qui pousse tout seul
et c'est la magie de cette marche
hésitation du réel
ce flou doux qui ouvre en soi une clairière
tu es là sur le fil
entre le béton et la mousse
entre ce que tu laisses et ce que tu retrouves
et tu comprends que la lisière est un passage
pas seulement dans l'espace
dans toi

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