Chemin de Praslong #4
Sur le ruban granuleux d'un ancien chemin vicinal bitumé
dont la trame dégradée trahit l'absence de joint de dilatation
il longe à main gauche une clôture en barreaux tubulaires verticaux
surmontés de lisses inversées terminées en chicanes anti-franchissement
les tiges de fer galvanisé vibrent à peine dans l'oscillation lente d'un vent laminaire
venu de la piste invisible
il y a dans l'intervalle entre les pieux une modulation d'ombres nettes
et crues comme des éraillures sur un négatif
à droite s'étire un alignement compact de maïs en stade phénologique de maturité
la panicule haute et sèche les feuilles plissées sous la chaleur absorbée le matin
les entre-rangs sont impénétrables trop serrés trop denses
ils frôlent la route sans la toucher une bande de bas-côté herbacé
d'à peine trente centimètres agit comme une ligne de rupture botanique
devant lui le tracé rectiligne s'étend vers un point de fuite
où la perspective écrase les masses
la chaussée s'amincit et l'air se dilate à l'horizon
les peupliers noirs dressent leur houppier en silhouettes
les toits d'un entrepôt logistique dépassent à peine les premiers épis
et dans le ciel d'une translucidité dure
un avion laisse une trainée de condensation effilée oblique comme un effleurement
il ne sent plus ses talons mais la pulsation rythmique du goudron sous les malléoles
il respire un air tiède chargé de silice et d'hydrocarbures
un goût d'ozone reste sur la langue
entre les dents une pellicule sèche
il écoute les interférences les frottements internes
les vibrations du grillage
et dans le champ à droite l'infrabruit végétal des tiges qui cognent
il pense que ce chemin est une interface
une bande stérile entre deux matrices
il marche en exact tangentiel entre deux systèmes clos
il est à la lisière sans borne ni repère
à l'intersticiel d'un dehors





