Envoyée par Lucas FALCHERO le 18/04/2025

Rue nouvelle des Liondards

Tu longes une avenue bordée de silence
la peinture au sol a perdu son éclat
et le panneau d'entrée grince un nom trop ancien
les façades s'alignent sans trop y croire
le ciel se penche sur les grues fatiguées
dans les vitrines closes l'air semble figé
tu avances encore entre les voitures pâles
tu lis dans l'asphalte des mots effacés
la ville n'est plus droite elle s'incline à peine
elle tremble au passage d'une ombre végétale
tu frôles un trottoir qui s'efface en herbe
les lampadaires s'étirent comme des branches
la ligne du béton s'effiloche en feuillage
et les immeubles prennent la texture des troncs
la rue se fait sève le vent ouvre un sillon
les fenêtres s'effondrent en formes de fougères
le carrefour s'endort sous les ailes des ronces
la terre revient douce au creux des intersections
tu regardes la grue comme un arbre malade
les néons s'égrènent en pollen nocturne
le panneau publicitaire devient un pétale
et les lettres s'effacent dans un souffle de mousse
les murs sont du lichen les stores sont des nids
tu marches maintenant dans une allée de feuilles
la route s'est rendue à la courbe d'un buisson
tu n'as plus besoin d'adresse ni de nom
la ville est un vieux tronc qu'on laisse disparaître
tu avances encore dans la fibre des choses
et tout se met à croire au retour des forêts
tu entends respirer le bord flou du présent

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