Rue du Docteur Lepetit #3
A l'angle du silence
le vent heurte les panneaux comme on cogne à une porte sans poignée
je lis les noms Aristide Briand en haut Docteur Lepetit plus bas
ils se croisent ici comme deux lignes d'un ECG oublié
je touche le béton rugueux du poteau
il vibre très légèrement une mémoire d'orage
la ville a ses nerfs ses seuils ses interstices
je suis au point de suture
la haie me frôle son odeur de pluie tiède
m'évoque des chemins d'école aux poches pleines de rien
ça sent la feuille froissée le fruit passé la terre
ça sent la chambre d'un enfant qui dort trop longtemps
j'écoute un bourdonnement étouffé monte du bitume
comme si quelque chose d'ancien voulait parler
peut-être la voix des fils qui tracent au ciel des lignes d'exil
ou celle des tuiles fendues sous le poids des histoires
j'ai le goût du métal dans la bouche
un goût d'attente et de consigne
ici les rues ne choisissent pas elles laissent passer
elles tracent dans l'air les veines d'un corps commun
et je m'y tiens exact et va-nu-pieds
micro-voyageur interstitiel
entre deux noms entre deux directions
je ne pèse pas plus que les 3,5 tonnes qu'on autorise
mais je reste planté là
comme un panneau qu'on oublie
et qui regarde vivre





