Parc Beaulieu #3
Il y aurait tant d'hypothèses à formuler
sous l'arbre éteint
et de pêches réussies
de siestes improbables au milieu des jonchées
la truite me regarde dans le courant de la lisière
l'œil rond tourné vers les tourbillons de sable
et ce chien sale sur le pont qui aboie après moi
tant d'animaux possibles et tant de règnes contrariés par la ville
l'espace d'un cliché j'encadre un Eden cerclé de bétons droits
sauvagerie de nature sise là comme ciselée par les bêtes
dessinée par les vents et les graines
parfum frais de gazon et gargouillis trous d'égout
chute ralentie des écorces comme des traits
la truite nage toujours contre-courant
et les écoulements du sable sale
parfois je viens la nuit marcher dans ces ombrages
surtout l'été et pêcher le poisson
le bras posé sur le tronc nouveau et la branche desquamée
ça fait bientôt une heure que la truite est reposée
éclat vif alors de son écaille qui disparait
la lisière est ce clin d'œil sauvage
où la vie a reprise ce que la ville noie
éclair d'écaille enfuie
en fuite animale sous les berges restaurées
il y aurait tant à inventer dans ce cadre parfait le temps de la photo
des histoires sauvages lorsqu'on n'aperçoit aucun rivage
ni les bordures bien faites
de métal et de pavés
du petit pont privé
et des chemins tracés de toute résidence





