Avenue de la Margeride #7
Il reste un socle comme on garde une preuve
dans le recul d'un parvis sans piéton
un socle sans bronze
ni héros
juste ce volume à pans francs
posé là comme un code oublié
référencé sans mémoire
ce n'est pas une sculpture
pas une borne
mais peut-être un trophée
dressé pour le progrès ordinaire
dans ce campus de bitume et de polycarbonate
où les cours se donnent en unités de valeur
et les idées en débit montant
le mur d'enceinte a perdu sa fonction
les arbres sont venus combler les défaillances
ici la ville se termine à angle droit
les bâtiments s'adossent à la question
chaque porte ferme un parcours fléché
chaque vitre multiplie l'échec et la transparence
plus personne ne s'arrête
plus personne ne sait pourquoi la forme subsiste
c'est un débris de démonstration
un agrégat de fin de soutenance
on n'y dépose rien
et pourtant tout y passe
le vent
les oiseaux
le retrait d'une lumière de veille
à la marge du plan
la pierre pense encore
comme une station de mesure abandonnée
elle borne sans rigueur
elle désigne sans voix
mais elle est là
témoin d'un passage
ou d'une promesse non tenue
c'est la lisière du savoir dur
ce qu'il en reste quand les crédits sont coupés
quand le geste n'a plus de lecteur
ni de réponse calibrée
c'est un trophée d'usage
érigé par l'oubli
dans l'arrière-cour du campus qui s'épuise





