Envoyée par Lucas FALCHERO le 16/04/2025

Le Clos Mally #2

Je suis venu par le sentier de ronces
le sol montait comme un dos d'animal
chaque pas m'approchait de la clôture
je reconnais le mur je reconnais le seuil
les buissons s'entrelacent comme des nerfs à vif
et la lumière fait briller les feuilles comme des lames
un fossé noir me coupe de la suite
je ne vois pas le fond
mais j'entends qu'il respire
de l'autre côté
il y a la maison
pas la mienne
celle où vivaient les cousins
le bruit des verres la nappe en plastique
les dimanches pleins d'orties et de limonade
je crois que la lisière est là
entre le silence des pierres
et l'oubli planté dans les herbes hautes
je tends la main rien ne cède
l'arbre mort garde la ligne
comme un gardien sans voix
je pourrais sauter mais je reste
un pied dans le végétal
un pied dans la mémoire
ce mur me parle avec des mots de terre
et je comprends sans comprendre
qu'il ne s'ouvre plus
le soleil découpe l'espace
en carrés irréguliers
je me glisse dans l'un d'eux
comme dans un souvenir stable
la grille est rouillée mais exacte
on n'a rien laissé au hasard ici
sauf peut-être l'enfance
elle revient par bouffées
quand un vent passe entre deux haies
je sens encore l'odeur de la pluie chaude
je revois les doigts des cousins dans la boue
on faisait semblant de creuser un tunnel
pour passer sous le jardin des grands
on n'a rien traversé
je reste là
droit à la lisière
le bord du fossé
comme sur le fil d'un chant
qui parle bas
et qui ne veut plus finir

Ecoutez «Echoes of the Future» de Jean-Luc Ponty
🚀