Envoyée par Lucas FALCHERO le 15/04/2025

Parc Beaulieu #2

Grondement lent de l'eau nauséabonde au creux des arbres fous
la lisière semble ce ralenti dédaigneux et grossier
ce lieu du ralenti dans la course alimentaire
ce lieu pris sur la vie rapide et posé là comme un gazon éteint
le lieu des rendez-vous
le lieu des lâcher-prises dans le brouhaha quotidien
et le lieu odorant des sanies de la ville
j'alerte tout mouvement inutile en ce lieu
quand la lisière enfin
sur la fange appuyée
dessinée par le cours
méandre esthétisé
signifie la lenteur et tout l'apaisement
il y a moins de lumière
l'heure pleut lentement
ça sent la feuille de chou
et la feuille de rose
la lisière est le lieu des lents égarements
courbe des sentiments vieux et naissants
abouchements sordides
et embrasements des sexes
quand des spermes incertains finissent à la rivière
sur leur lit de mouchoir
coque de papier jetable
sur le gazon tondu de ce coin de lisière
on aura entendu
d'exécrables prières
et le choc mou et gras
de vieux fruits défendus
aussitôt balancés dans le lit et l'ornière
qui charrie déjà fort la fange et le super flux
la lisière est le lieu des pamoisons nocturnes et des coups tarifés
quand les mains ongles sales
agrippent les troncs fendus ou le gazon rasé
il n'y a pas qu'ici que s'abritent les pauvres
cachés dans la misère des arbres surfacturés
on verra plus au nord quelques voies carrossables
quelques parking sauvages quand la lisière fait rencontre
improbable incertaine et pourtant calculée

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