Rue des Moulins
La lisière c'est la forêt que je cherche au milieu des résidences
une forêt dense et sourde aux rumeurs de la ville
d'humus odorant et de fondrières
et je trouve un chemin au milieu des façades
goudronné compassé comme allée de cimetière
les frondaisons vertes et mûres ont le parfum ranci de l'aubépine et du mimosa
quelques oiseaux moqueurs sucent des papiers gras et tombent des balcons
la lisière faussement est ce lieu de nature au milieu de la ville
lieu de semblant fabriqué
lieu de vie collective et pourtant oublié
on préfère au chemin caillouteux et aux feuilles collantes
la porte automatique du parking souterrain
pourtant c'est à ce droit que la ville s'achève
avec elle les espoirs et les projets urbains
dans le bruit sourd et l'odeur forte des goudrons crevés du chemin
qui empruntera encore ce passage de façade
et surtout qui saura que la lisière est là
verticale au milieu et sous les plaques d'égout
verticale parallèle aux angles blancs des résidences
et verticale inscrite aux profondeurs du terrain
la lisière est ainsi ce plan dressé à mi-chemin duquel je parcours les arbustes
les odeurs de champ et d'humus
mais ça ne dure jamais que la nature en ville soit
rapidement vient comme une odeur de freins ou de victuailles chaudes
l'Intermarché n'est pas loin
une poubelle blasonnée doit silencieusement brûler





