Col de Bancillon #3
Je me suis arrêté sans raison sur ce replat herbeux
où le chemin hésite avant les bois
comme une phrase trop souvent relue
le vent a tourné brusquement
quelque chose dans ma nuque
déplacement d'air ou d'attention
le poteau penche un peu
il nomme des lieux que je n'ai pas cherché à rejoindre
j'ai lu sans retenir
des mots blancs sur fond blanc
et sous les noms
le vide d'un espace ouvert
j'ai goûté la fatigue d'un muscle périphérique
comme si la marche se faisait dans la tête
je ne regarde plus les directions
je distingue seulement l'inflexion de la trace
ce moment où la ligne se déporte
où la pensée fléchit légèrement
la lumière est presque orthopédique
elle stabilise les reliefs comme une orthèse
être sans cause ni besoin
juste enregistrer le bruit du monde contre mes veines
le sol vibre faiblement
ça pourrait être le vent ou mon sang
quelque chose comme un seuil
j'appelle ça la lisière
non pas la limite mais ce qui donne lieu
ce qui me fait
ce qui commence juste après





