Rue Saint Guillaume
Je suis la pente entre deux mondes
l'inclinaison que rien ne sonde
je dévale entre les maisons
comme un défaut dans le béton
j'accueille au creux de ma blessure
les pas prudents la démesure
je suis le bord l'entre-deux flancs
la gravité dans le silence
je garde en moi les eaux de pluie
les câbles morts, les voix enfuies
mon axe suit l'hypoténuse
des corps soumis à l'angle obtus
et chaque seuil que je franchis
m'efface un peu me durcit
j'ai vu s'ancrer dans mes fissures
des parements de crépi mûr
la rugosité des enduits
la norme NF sous la pluie
et chaque tranchée réglementaire
laisse un frisson dans mes artères
ma voirie n'est plus calibrée
pour absorber l'hétérogénéité
je suis la faille la déclivité
la ligne n'est pas rectifiée
je suis le joint entre deux quartiers
là où le plancher vient plier
les murs me frôlent sans me voir
je glisse au flanc du désespoir
à chaque virage mal tracé
je sens la ville m'effacer
je porte un peu de chaque nom
sans appartenir à aucun
je suis l'élan puis l'abandon
l'égout scellé dans le commun
la biellette sans direction
le pas de porte sans raison
et plus je tombe plus je lie
les étages à l'incendie
les vitres aux antennes muettes
les garages à leurs silhouettes
je relie tout je désassemble
je m'épaissis dès que je tremble
j'écris en pente sur la peau
la diagonale des fardeaux
je suis la marche et l'arrêté
je suis l'entrée désaccordée
je suis le vide en compression
je suis lisière et déraison





