Source de la Poix #2
Tu suis un sillon
dans l'herbe trop haute
ce n'est pas une trace
c'est un glissement
comme si le sol lui-même voulait fuir
là où l'ombre est plus stable
où le silence pèse plus lourd que la pente
il y a des pierres noircies
comme des tombes
des mousses asséchées
telles des barbes trop taillées
des fragments de feuilles comme enduits
le mot poix n'est plus un nom
c'est une matière
une insistance
tu poses la main et tu t'englues
tu retires les doigts lentement
le pouls s'y imprime
l'eau ne coule pas vraiment
elle adhère
elle colle au relief
c'est un écoulement par oubli
la source s'étale sans hâte
comme une fatigue décidée
comme un temps qui refuserait la pente
seul tu tiens ton souffle au bord du bitume brut
dans la lisière noire entre la sève et l'ombre
le sol se dérobe en un flux lent et nu
et c'est ton propre corps qui s'y joint s'y encombre





