Chemin du petit Gandaillat #2
La lisière n'est plus une tension
c'est une immobilité de surface
trop nette pour appeler
trop propre pour repousser
les seuils y sont repliés dans la logique du béton
talus incliné sans fonction
pente sans coulée
pas même une menace d'érosion
c'est une retenue
c'est un refus d'écoulement
la terre est endormie sous les blocs
c'est un silence hydraulique
un silence de voirie
rien ne descend plus
l'eau y est suspendue
comme une pensée morte
le passage n'a pas été empêché
il a été annulé
absence complète d'intention
bordure comme catalogue
lisière archivée
les formes sont là mais plus rien n'y passe
pas même une mémoire d'usage
c'est un repli dans la forme nue
angle d'entrée qui n'ouvre rien
escalier simulé
structure sans nécessité
l'appel est formel
le chemin n'a pas d'appel
c'est un code
c'est un usage sans acte
le terrain a été vidé de toute histoire
décapage absolu
sécurisation terminale
ce qu'il reste
c'est la peau du passage
pas le passage
c'est la trace d'une circulation que l'on n'attend plus
pas même une trace
juste l'idée
ce n'est plus une lisière
c'est l'idée d'une lisière
sans fiction
sans écart
sans mémoire
le réel y est tellement plat qu'il ressemble à une donnée
ce qui fut bord
devient structure d'encadrement
contour gelé d'un paysage sans bord
absolue neutralité du dénivelé
presque une abstraction
presque une erreur de planification
la ville ici se replie sur ses propres conditions
grillage extrudé
le lieu est exact
donc vide
donc terminé





