Carrefour de la Pardieu #2
Tu longes le rebord comme on suit une règle
ligne claire au bas du bitume
bord sans promesse
le trottoir ne mène nulle part mais il existe
alors tu marches
le sac pèse à l'épaule comme un reste de nuit
tu passes sous les arbres qui ne donnent pas d'ombre
tu passes sous la ville comme on passe à l'index
dans le pli d'un agenda
tout est orienté
pentes douces
signaux muets
et cette boucle d'asphalte
où tu entres sans vouloir entrer
à contre-voix
dans le flot des voitures
qui pensent à l'avance
tu es trop lent pour le temps trop rapide pour l'attente
un vestige de piétonnage
dans une zone d'accélération
les panneaux te regardent sans te lire
le carrefour tourne comme un disque sans mémoire
et tu tournes avec
presque heureux d'avoir un centre
même fictif
même en fuite
tu regardes le ciel entre deux lampadaires
comme on attend la suite
la voix off d'un GPS affectif
quelque chose qui dirait
ici tu es encore
tu es dans le contour
le cercle imparfait d'un rond pensé pour d'autres
et pourtant tu tiens
tu tiens debout sur le vide aménagé
tu es ce point minuscule entre deux sorties rapides
tu fais partie du plan mais sans l'avoir signé
tu fais partie du jour mais personne ne sait
et dans ton pas
dans ce pli que tu formes à la lisière du flux
tu traces un chemin sans contrat
tu frôles les courbes
tu t'inventes un seuil
tu poses ton corps comme on pose une question





