Envoyée par Lucas FALCHERO le 16/04/2025

Le Clos Mally

Comme une paupière
la barrière est entrouverte
l'herbe sèche plaquée sur le sol comme un souvenir
on a franchi sans l'intention de passer
le grillage n'a pas réagi
juste un frisson dans la lumière en biais
des flaques mortes pleines de spores
on avance sous les arbres sous un cuir chevelu
l'air devient granuleux
les feuilles dispersées comme un alphabet oublié
des battements faibles montent depuis les chevilles
on a parlé bas pour ne pas réveiller les structures
tout semble abandonné sauf les trajets invisibles
une odeur de méthane dans la gorge
pulsation discontinue entre les troncs
c'est suivre une ligne plus mentale que réelle
la pente tourne légèrement à gauche
comme une rêverie
la chaleur fixée dans les phalanges
un repli du terrain comme une pensée latente
où l'espace se referme sans urgence
on perçoit des glissements internes
battements lents dans la colonne
plus rien n'indique s'il faut continuer
les buissons ferment la voie comme des encéphalogrammes
des voix reviennent ténues
comme celles des cousins dans les étés anciens
on est descendu plus bas que prévu
sans que les muscles aient réagi
l'air est devenu blanc sans densité
des branches coupées forment un schéma d'intention
on a frôlé quelque chose
pas un corps mais une idée
le sol tremble légèrement
comme si le monde expirait par petites secousses
on tente de fixer un point
mais tout se dérobe vers l'arrière
un seuil se forme tel un vertige horizontal
le cœur bat comme une sirène de recul
on est resté là
entre deux intentions
dans la clarté irrésolue
d'un lieu qui n'a pas décidé
de nous laisser sortir

Ecoutez «Opus 6 : 1 Langsam» de Anton Webern
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